Des montagnes haut-alpines

Alpinistes ou précurseurs du ski dans les Hautes-Alpes, ces personnages illustres sont allés à la conquête de nos montagnes. Découvrons leur histoire et leurs exploits.

Durant la seconde moitié du 19ème siècle, l’ascension des grands sommets a été longtemps l’affaire des aristocrates anglais comme Whymper. Les français entrent en scène avec l’exploit de Pierre Gaspard et son ascension du Pic de la Meije.

Edward WHYMPER
Un alpiniste au mental d’acier

Dans les rampes de l’Argentière-la-Bessée trône fièrement la statue monumentale d’Edward Whymper. Alpiniste, illustrateur et journaliste britannique né en 1840, il est l’un des hommes qui initia l’alpinisme en France. Il est notamment célèbre pour l’ascension tragique et polémique du Cervin (4478 m) en 1865, le dernier des grands sommets alpins à conquérir.
Après un séjour en Suisse où il découvre l’alpinisme, il décide de gravir le Mont Pelvoux en 1861, puis franchit la Barre des Écrins (4103 m) le 25 juin 1864.
Whymper choisit les sommets vierges les plus beaux et difficiles de son temps, il s’entoure des meilleurs guides possibles et, grâce à son extraordinaire connaissance de la montagne, il détermine la voie la plus efficace pour parvenir au sommet. On retrouve le récit de ses ascensions dans son livre Scrambles among the Alps (1871) dans lequel il révèle son caractère conquérant.

La statue monumentale de 6,30 m de haut d’Edward Whymper, qui pointe la Barre des Ecrins, a été réalisée en lamelles d’acier Corten par Christian Burger.

Pierre GASPARD
Gaspard de la Meije

Il y a un peu plus d’un siècle, tous les grands sommets des Alpes étaient conquis, sauf un, que Whymper avait décrété inaccessible : la Meije !
Né en 1834, Pierre Gaspard, alpiniste, homme robuste et intrépide, connaissait admirablement ses montagnes de l’Oisans. Avec Emmanuel Boileau de Castelnau, jeune alpiniste d’une bonne famille du Languedoc, ils réalisent une dizaine de premières ascensions en 1876 et 1877. Mais, leur plus grand exploit fut la conquête du Pic de la Meije, le 16 août 1877. L’exploit est d’autant plus retentissant que l’itinéraire présentait des difficultés inhabituelles pour l’époque. Son tracé deviendra la voie « normale ».
Avec Henry Duhamel, il effectue l’ascension du Pic Gaspard en 1878. Puis, en 1880, ils ouvrent une nouvelle voie dans la face sud de la Barre des Écrins. Devenu célèbre, Gaspard est alors énormément sollicité. Le « père Gaspard » a continué à parcourir la montagne et emmener ses clients jusqu’en 1913 et meurt en 1915. Isabelle Scheibli a romancé son histoire dans son livre « Gaspard de la Meije », adapté en téléfilm en 1984.

Même si les hommes du paléolithique avaient probablement inventé le ski pour se déplacer et chasser, ce n’est qu’en 1888, lorsque l’explorateur norvégien Nansen réussit la traversée du Groenland à skis, que l’on commence à lui porter intérêt. C’est par l’armée et par quelques visionnaires que s’est développée la pratique du ski dès la fin du XIXème siècle.

Le lieutenant WIDMANN
Précurseur du ski en France

En 1896, un certain lieutenant Widmann, ancien légionnaire d’origine suédoise, servait dans le 28e bataillon de Chasseurs stationné à Embrun. Exaspéré de recevoir les moqueries de ses camarades lorsqu’il « s’entrainait » et donnait des démonstrations le dimanche, avec des skis qu’il avait rapportés d’un séjour dans son pays natal, il fit le pari de prouver qu’on allait plus vite en skis qu’en raquettes.

Le 12 février 1897, il décide donc de gravir le Mont-Guillaume et réalise ainsi la première ascension à skis dans les Alpes Françaises. Parti à 5h de la gare, skis sur l’épaule, il atteint le sommet à 10h30 après avoir gravi 1681 m de dénivelé positif. Il attend que le soleil décline pour entamer la descente qui durera 1h30. Mais le 21 février, 8 officiers décidés à lui prouver que la raquette était indétrônable, ont fait à leur tour l’ascension dans des conditions climatiques bien meilleures et les 8 raquettistes se relayant à la trace, l’exploit de Widmann ne fut pas reconnu. Il était peut-être encore trop tôt pour que le ski soit adopté…

Malgré tout, Widmann a continué son action en faveur de l’intégration du ski dans l’armée et a rédigé un rapport qui lui valu les félicitations du ministère de la Guerre. Retraité en 1908, il décide de reprendre du service en 1914. Après la guerre, il revient à Embrun pour l’inauguration d’une plaque rappelant son exploit de 1897.

Depuis 1996, le Club Alpin Français d’Embrun organise un rassemblement annuel : La « Widmann », une randonnée qui célèbre l’exploit de l’illustre suédois en répliquant son périple.

Le capitaine François CLERC
Novateur à l’origine de l’essor du ski

Dès 1900, le capitaine François Clerc, en garnison au 159e régiment d’infanterie alpine de Briançon, tente de remédier à l’isolement des postes de haute montagne en dotant ses soldats de paires de skis achetées en Norvège. L’Etat-major français, influencé par ses rapports d’expérimentation et le fait que les « alpini » côté italien soient déjà équipés de skis, organise des visites de norvégiens à Briançon et, peu après, leur passe commande de 1000 paires de skis. Le capitaine Clerc continue d’entrainer ses hommes pour tenter d’améliorer leur technique et les forme également à l’entretien et la fabrication des skis.

De 1904 à 1914, l’école de ski de Briançon, « l’école normale », instruit plus de 5000 soldats-skieurs qui forment les premiers bataillons de chasseurs alpins. Mais l’ambition du capitaine va au-delà, il souhaite diffuser une nouvelle pratique sportive. Selon lui, ce n’est qu’à partir du moment où « de petites sociétés s’organiseront, feront des concours [que] le ski arrivera à entrer complètement dans les mœurs de nos populations alpines ». L’avènement du ski dans les Hautes-Alpes est signé par le premier concours de ski militaire international organisé en 1907 à Montgenèvre par l’armée, le Club Alpin Français et le Touring Club de France. Suite à ce succès, les clubs de ski et les concours se multiplient et dès les années 1920, on voit naitre ce que l’on appelle désormais « les sports d’hiver ».

Texte : Aline Guillet
Photos : Statue Whymper : Thibaut Biais ; La Meije : Ben Hodson ; Mont Guillaume : Guy Borgia