« LE SENTIER EST UNIQUE POUR TOUS, SEULS LES MOYENS D’ATTEINDRE LE BUT VARIENT AVEC LE VOYAGEUR. » PROVERBE TIBETAIN

Il est des destinations qui font rêver les voyageurs en quête d’autre chose. Comment ne pas trépigner de se lancer dans une aventure en pays presque imaginaire ? J’ai eu l’idée folle, à 23 ans, de traverser le Tibet : le pays des nuages, des montagnes qui touchent le ciel et des nomades.

Lhassa, début juin 2004, la situation politique permet de démarrer le voyage. Que d’émerveillement à 3 650 m d’altitude ! La présence chinoise bien que forte laissait encore certains accès. J’ai pu explorer Le Potala, ancienne résidence du Dalaï-Lama avant l’invasion chinoise de 1950 mais aussi Le Jokhang, temple sacré où les pèlerins bouddhistes viennent prier. Tant d’endroits merveilleux qui font entrer directement, sans même s’en rendre compte, dans un monde de spiritualité.
Cap sur Ali, en zone militaire à l’extrême ouest du Tibet. Sur la route, les heures de bus couchettes défilent dans des paysages à couper le souffle à plus de 4 000 mètres d’altitude. Nous avons dû faire des détours, dont celui de 3 jours par Gyantse et sa citadelle. Après 8h d’attente à Lhatse sous un pont, le bus arrive à destination. Il aura fallu 56h de bus-couchette pour rallier cette ville hors du temps dominée par des sommets à plus de 7 000 m. Ali sera le point de départ d’un périple encore plus près des sommets. Je me lance 15 jours vers une nouvelle expérience, celle de repousser encore et toujours mes limites : direction le Mont Kailash ou « précieux joyau des neiges », ses 6 714 m et sa Kora sacrée de 52 km.

Aux sources de l’Indus, de la Karnali qui se jette dans le Gange et du Brahmapoutre, la marche dans la demeure de Shiva n’épargne aucune épreuve. Mais quelle récompense d’atteindre le col à 5 600 m d’altitude ! Les guides népalais fournissent gentiment à manger et les moines l’hébergement. Puis, il faudra 4 jours pour revenir au point de départ avant de partir vers le lac Manasarovar. Un monastère domine les 110 km de circonférence du lac où à 4 560 m se reflètent les nuages et les sommets approchant les 8 000 m. La route du royaume Guge fut difficile dans un paysage irréel et inattendu de canyons et d’anciennes cités troglodytes bouddhistes. Sans oublier les 36h de panne dans les dunes à 4 000 m avant que quelqu’un ne passe. Lorsque nous finissons par redescendre du Tibet vers le désert du Taklamakan, au Xinjiang, les 76h de bus-couchette permettent de prolonger l’irréel.

J’avais pris un sentier, comme tout voyageur, et j’ai découvert que le but n’était finalement pas celui auquel je pensais. Ces gens, les rencontres, les expériences et les paysages à couper le souffle ont éclipsé tout le reste du monde et l’ont en même temps éclairé.

Texte et photos : Yaya