Il faut savoir saisir les opportunités quand elles se présentent…

Hélène Delmas est arrivée dans les Hautes-Alpes en 2009 à la fin de ses études d’ostéopathie. Passionnée de la vie, amoureuse de la nature, de la montagne, curieuse, sportive, elle aime les défis. L’été dernier, un ami haut-alpin accompagnateur en montagne et photographe, Nicolas Fragiacomo, lui propose de participer à un voyage en immersion avec les peuples nomades éleveurs de rennes ! Nous avons recueilli son témoignage.

Cette expérience à la rencontre de l’inconnu était à la fois angoissante, départ trop proche, trop cher, premier grand voyage,… mais tout autant euphorisante ! Quelle chance de pouvoir vivre quelques jours, hors du temps, avec un peuple dont le mode de vie est si éloigné du nôtre qu’on en revient à l’essentiel. C’est décidé, je pars ! Le visa arrive 2 jours avant le décollage… Le 8 septembre, c’est le grand départ pour l’Oural ! Le voyage fût intense avec 3 avions, 3h30 de train et 4h de chenillette. Nous rejoignons Alexey, notre guide Russe, et après 30h de voyage, nous sortons de la chenillette, épuisés et déboussolés. Il fait nuit, et là nos yeux s’émerveillent devant la beauté du spectacle : 3 tchoums (tipis) éclairés dont les sommets laissent échapper les fumées des poêles. L’obscurité nous empêche de voir plus loin, mais on ressent l’immensité qui nous entoure.

Nous sommes accueillis dans le tchoum du chef du camp. Dans chaque tchoum cohabitent 2 familles, ayant pour seule séparation le poêle. C’est plein de couleur, plein de vie, les femmes s’affairent entre le repas, le poêle, les enfants,… Une petite table basse nous attend remplie de victuailles dont le fameux foie de renne cru et la vodka ! Je suis émerveillée par l’accueil de ces personnes qui vivent si modestement et si loin de notre système de consommation. Je souris en voyant une parabole, le progrès a réussi à s’immiscer jusqu’au fond de l’Oural. Ils nous proposent de partager leurs tchoums pour dormiret installent les couvertures et peaux de rennes en guise de matelas et déploient les tissus pour faire 4 petites chambres. Une pensée m’est venue « je suis au nord du cercle polaire, dans un tchoum… ».

Le lendemain, ils lèvent leur camp d’été où ils sont restés 2 mois. Les femmes rangent tandis que les hommes partent récupérer le troupeau de 2000 rennes, puis choisissent les mâles qui tireront les traineaux. Une fois les traineaux chargés, les mâles attelés, ils remontent les tchoums sous la bruine et le vent, le froid et l’obscurité de la nuit qui tombe. Après une dizaine de kilomètres, en moins de 30 minutes, les tchoums sont remontés, les poêles allumés et les femmes aux fourneaux. Le lendemain, nous assistons à la castration de quelques jeunes mâles et à la coupe des bois de certains rennes. Chacun s’affaire à sa tâche, les hommes vont chercher du bois tandis que les femmes travaillent les peaux pour confectionner des bottes, des gants ou des vestes, ou ramassent des myrtilles. Nous y restons 4 jours, en vivant au rythme de la nature et des animaux. En journée nous restons discrets, admiratifs de leur travail. Et le soir, autour du poêle, la convivialité, les rires, les échanges envahissent le tchoum. La chaleur qui règne vient surtout de l’accueil de ce peuple, fier de respecter ses traditions.

On ne revient pas indemne d’une aventure comme celle-ci, alors… « Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir et l’envie furieuse d’en réaliser quelques-uns ! ».

 

Le plus : Après 2 mois passés sur le camp d’été, la migration permet de rejoindre les forêts plus au sud afin que les rennes puissent gratter le lichen dans la neige restée plus légère. Ils attendent que le fleuve large de 2,5 km (l’Ob) gèle, pour faire traverser les rennes et atteindre les forêts plus au sud. Deux fois par an, à l’automne et au printemps, ils parcourent ainsi une centaine de kilomètres.

 

Texte : Hélène Delmas et Photos : Nicolas Fragiacomo
Retrouvez toutes les photos de ce voyage sur : https://nicolasfragiacomo.com/