Sa vocation est née très tôt, instantanée, viscérale. Objecteur de conscience au Parc National des Ecrins, muni de sa trousse à gouges et sorti d’une école de sculpture sur bois, il commence ses premières réalisations animalières en bois. Et c’est dans les Hautes Alpes qu’il trouve son inspiration, son cheminement artistique.
Ainsi, une vingtaine d’années plus tard, le 25 juin 2014, sa statue d’acier « Envol » haute de 2m, représentant une femme ailée, telle les sirènes du Moyen-Age, est montée en plusieurs morceaux à dos d’hommes au sommet de la Barre des Écrins, à l’occasion du cent cinquantenaire de la première ascension de la Barre, par Edward Whymper et ses guides en 1864. Ce dernier a aussi sa statue réalisée par Christian et érigée en 2009 à L’Argentière-La-Bessée à l’occasion du centenaire du bureau des Guides des Écrins.

« Envol » est redescendue en octobre pour devenir l’ambassadrice des Écrins. Elle sera au 19ème festival du film Aventure et Découverte de Val d’Isère du 20 au 23 avril 2015 et traversera temporairement la Manche pour rejoindre L’Alpine Club de Londres, premier club alpin au monde.

Notre sirène pourrait voler jusqu’à Montgenèvre pour nous faire découvrir au rond-point de l’obélisque à la sortie du village, « L’envol », le « L » en plus ! Cette statue en acier, de 8.6 mètres de haut, forme trois personnages acclamant un skieur à saut, symbolisant la première course internationale de ski de 1907 qui s’était déroulée à Montgenèvre, avec comme discipline phare à l’époque, le saut.

De ses animaux sculptés dans le bois à ses statues géantes en acier, Christian Burger a cheminé à travers la matière. Il a sculpté le bois, la pierre, mais les volumes ont leurs limites et les matériaux sont fragiles. L’acier ajouré, lui, permet plus de possibilités comme travailler sur plusieurs plans superposés, visibles en contournant la statue. C’est un travail plus exigeant, car on ne peut pas s’ajuster s’il y a trop de matière, il faut la ressentir. C’est en sculptant la neige et la glace que cette démarche est née, cet élément transparent où l’on peut voir l’avant, l’arrière, les deux plans se confondant.

En ce moment, vous pouvez voir certaines de ses sculptures à « L’Igloo Pelvoux », un igloo de 20 mètres de long qui accueille tout l’hiver des animations sur la station de Pelvoux.
Un hommage a été rendu à Charlie lors de l’Ice Climbing 2015 le 17 janvier, à L’Argentière-la-Bessée, où ont été réalisés sur glace deux personnages soutenant une pile de livres portant les noms des victimes du 7 janvier. La sculpture sur glace est de l’ordre du spectacle vivant, c’est une matière millénaire qui donne lieu à une réalisation éphémère, une matière imprévisible à laquelle le sculpteur doit s’adapter, comme nous, spectateurs qui devont l’admirer tant qu’elle existe.

Aller vers l’expression des sentiments en sculpture, c’est ce que souhaite Christian aujourd’hui. Comment montrer toutes les faces des volumes mais aussi celles des émotions en taillant, en coupant, en assemblant. Le « Cri étouffé » de 2011, s’en approche. Il souhaite aller plus loin encore, réussir par la sculpture figurative à évoquer de l’abstrait, du sentiment. Christian rêve d’une sculpture comme « une chanson de Bashung », une forme que l’on reconnaît mais qui ne se livre qu’à la énième écoute, vision, lecture. Une sculpture dans laquelle on pourrait s’infiltrer physiquement et émotionnellement.

 

Du tronc d’arbre à l’acier aérien à 4 102 m d’altitude, en passant par la neige ou la glace, les statues de Christian naissent, vivent et se transforment, toujours très grandes et toujours beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît.

Elles forment un univers autour de lui, un Géant, parmi les géants.

www.christian-burger.com / www.sculpture-evenement.com
Texte : Isabelle Alghisi / Photos : Christophe Burger