L’exploit réussi des quatre alpinistes.

Le 23 octobre dernier, au dénouement d’une expédition riche en rebondissements, les quatre guides de haute montagne, Mathieu Maynadier, Mathieu Detrie, Pierre Labbre et Jérôme Para ont atteint le sommet du Gaurishankar (7 134 m) au Népal. Après une longue attente et beaucoup d’efforts, ces quatre amis ont réalisé l’exploit… Ils ont ouvert une nouvelle voie sur la face sud de cette muraille rocheuse.

Pourquoi avoir choisi de gravir le Gauri Shankar?
Au départ, nous voulions tenter un 8 000 m. Mais le permis était trop cher et une expédition française avait le même projet. De ce fait, nous avons cherché un projet moins haut mais plus technique. Nous sommes tombés sur une photo du Gauri Shankar. Les Allemands qui avaient tenté cette face deux ans auparavant ont été super sympas et ont partagé toutes les infos dont nous avions besoin.

Qu’est ce qui a été le plus dur? L’attente !
Nous avons eu plusieurs épisodes de mauvais temps où le routeur nous annonçait ensuite du beau, mais ce dernier n’arrivait pas. Plusieurs fois, nous avons pensé partir pour le sommet, mais au dernier moment, les prévisions changeaient nous contraignant à retourner sous les tentes. Cela a été vraiment difficile. La vie au camp de base était pénible, le temps était humide et le soleil discret.


Avez-vous eu envie d’abandonner?
Jusqu’au dernier moment nous avons essayé, quitte à arriver en retard au camp de base pour rejoindre les porteurs. La veille du départ, il est tombé 20 cm de neige au pied de la face, nous obligeant à retourner au camp de base. A cet instant, nous avons renoncé moralement. Mais, le routeur nous a rappelé en nous disant de remonter au pied du sommet car un créneau de beau temps se présentait. Cela a été décisif.

Qu’est-ce qui vous a motivé à poursuivre?
Le fait d’y croire ! Nous avons donné beaucoup d’énergie et de temps pour mener à bien cette expédition. Nous avons réalisé un gros travail de préparation pendant presque un an. Cela a demandé aussi beaucoup d’efforts à nos proches et surtout à nos compagnes. Une fois partis, nous savions pourquoi nous y étions, alors, pas question de lâcher prise.

Quelles ont été vos impressions au sommet?
Lorsque nous sommes arrivés au sommet, c’était “TOP”, un spectacle grandiose s’offrait à nous sur une partie de l’Himalaya. Bizarrement, l’ascension s’est déroulée beaucoup plus facilement que tout le reste de l’expédition. Nous avons grimpé par beau temps, sans grosse frayeur et en respectant le planning que nous nous étions fixé. Arrivés au sommet, nous avons savouré ce grand moment. Nous sommes restés près d’une heure à contempler le paysage. Nous étions très émus. Quelle récompense après l’attente interminable.


Quelles sont vos impressions au retour de cette ascension?
Cette expédition a été longue, nous avons passé plus de 40 jours en montagne et nous avons eu beaucoup de mauvais temps, donc de très longs moments d’attente. Les difficultés ont été de toutes sortes avec un camp de base difficile à rejoindre et mal placé. Le mauvais temps et l’inactivité nous ont sabotés le moral. La plus grande difficulté a été de rester motivé et d’y croire. Au final, nous sommes super contents d’avoir réussi. Cela nous servira de leçon pour les prochaines expéditions : il ne faut jamais rien lâcher ! “Je suis heureux de constater que nous avons acquis l’expérience recherchée en haute altitude. Sur le Gauri Shankar, nous étions au point, légers et rapides. Cela nous encourage pour de futures aventures” nous dit Mathieu Maynadier.

Propos recueilli par Camille BADJILY auprès de Mathieu Maynadier