A Briançon, au cœur de la cité Vauban, la Collégiale Notre Dame est un magnifique ouvrage d’église fortifiée qui allit l’architecture classique française et l’influence italienne.

La Collégiale a été bâtie au début du 18e siècle pour remplacer l’ancienne église médiévale détruite pendant la construction des remparts. Cet ancien édifice du 12e siècle avait été construit sur la route de Grenoble, en avant du cimetière. Au 16e siècle, l’église possède encore son réal, porche supporté par des lions stylophores (conservés et placés à l’entrée de la Collégiale, sous la tribune), et son clocher, de style roman lombard. Implantée hors des murs, elle constitue un point dominant donc dangereux pour la ville.

En 1692, elle est minée et rasée, sur ordre du Maréchal de Catinat, qui craint des attaques des pays coalisés au sein de la ligue d’Augsbourg. Les Briançonnais se trouvent quelque temps sans église paroissiale, les messes se déroulent alors à l’église des Cordeliers. Les consuls de Briançon réclament, à Louis XIV, une aide afin de construire une église à l’intérieur des murs de la cité. Un arrêté du Conseil du Roi de 1700 autorise la réalisation d’une “nouvelle paroisse” intra-muros. Un emplacement convenable est dégagé au bas de la rue du Temple.
Les plans de l’église établis par l’ingénieur Isaac Robelin sont revus, corrigés par Vauban, et les travaux commencent en 1703 pour s’achever en 1718.
L’église est consacrée par Monseigneur de Tencin, archevêque d’Embrun en 1726, et élevée au rang de Collégiale vingt ans plus tard. En 1754, un curé et trois chanoines la desservent. La politique catholique de Louis XIV nécessite l’établissement d’un édifice imposant. Le volume de l’église est donc particulièrement important. Il tranche avec l’étroitesse de la Place du Temple.

La polychromie de la façade divise les niveaux inférieurs en trois zones verticales. La partie centrale, traitée en pierre de taille, correspond à la nef. Elle est dominée par un grand fronton cintré, lui-même encadré par deux tours clochers, inspirées du schéma médiéval.

La porte en noyer sculptée a été offerte par Louis XIV, comme en témoignent les deux “L” entrelacés des médaillons centraux. Elle est surmontée d’un fronton et de trois vases à feu. Une baie cintrée s’ouvre au deuxième niveau, encadrée par des ressauts en pierre. Les souches des tours clochers, enduites au lait de chaux, correspondent aux bas-côtés. Elles sont ornées, au sud, d’un cadran solaire peint par Chalvet en 1719, et au nord d’une horloge. Les tours sont percées de deux niveaux de baies cintrées, ornées de balustrades.

Elles sont coiffées d’un dôme carré et d’un lanternon polygonal surmonté d’un globe et d’une croix.
La nef, large et puissante, voûtée d’arêtes sur arcs doubleaux est flanquée de collatéraux simples séparés par d’imposantes piles carrées qui soutiennent les grandes arcades. De grands pilastres lisses portent un entablement dont la corniche sert d’imposte aux voûtes. Cette ordonnance classique, traitée en faux marbre, est fortement inspirée du goût italien du trompe-l’œil. Les bas-côtés sont séparés des bras du transept par un mur de refend. Invisible de l’extérieur, la croisée du transept est couverte d’une coupole sur pendentifs. Une élégante balustrade datant du XVIIIe siècle, en calcaire griotte, compose la table de communion et barre l’entrée du chœur. L’abside, couverte d’un cul-de-four nervé, rappelle les pratiques du roman provençal.

Ce bel édifice cultuel a été classé à l’inventaire des monuments historiques en 1931.

Rédaction : Camille BADJILY et Service du Patrimoine de Briançon