La Durance est la plus importante rivière de Provence avec ses 324 km. Elle prend sa source sur la commune de Montgenèvre, au pré de Gondran, à 2390 m d’altitude, traverse les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence puis elle marque la frontière entre le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône avant de se jeter dans le Rhône, au sud d’Avignon. C’est une rivière « pluvio-nivale », son débit dépend de l’apport naturel en eau dû à la fonte des neiges et aux pluies.

RIVIÈRE TUMULTUEUSE ET FRONTIÈRE NATURELLE
Réputée comme étant infranchissable, la Durance a servi de frontière pendant la période romaine et est restée, au cours des siècles, l’obstacle majeur à la communication entre les provinces et départements riverains de son lit. La Durance est plus qu’une rivière, c’est une force de la nature. Son régime naturel quasi torrentiel, l’importante largeur de son lit et les fortes variations de niveau, limitent la construction de ponts. Ainsi, pour la traverser, du Moyen-Âge jusqu’au XIXème siècle, des bacs jalonnaient les rives de la Durance. Le pont antique de Sisteron, reconstruit en 1365, est resté jusqu’au milieu du XIXème siècle le seul passage fixe de la Durance. On note également la présence de ponts de bois, dès le XIIème siècle, comme à Savines, le plus fréquenté des ponts de Haute-Durance au XVème siècle.

Au fil des siècles, de très nombreux auteurs ont décrit son caractère torrentiel. Un dicton provençal maudissait « le Mistral, le Parlement et la Durance comme les trois fléaux de la Provence ». Au XIIème siècle, la Durance emporte la ville de Rama (La Roche de Rame), plus ancienne crue dont on possède une trace écrite. Lors des importantes crues, notamment entre 1843 et 1856, elle cause des ravages sur les cultures et sur les habitations. C’est à cette époque qu’émerge l’idée d’un barrage à Serre-Ponçon… Peu à peu domptée par l’homme, notamment par la construction du barrage de Serre-Ponçon en 1961, ses crues sont aujourd’hui moins redoutées.

›› Crue des 27 et 28 septembre 1928 : le torrent du Couleau (entre Châteauroux- les-Alpes et Saint Clément)

LES RADELIERS DE LA DURANCE
Evènement spectaculaire et incontournable, suivi par des milliers de spectateurs, les Radeliers de la Durance renouent chaque année avec la tradition. Les 1er et 2 juin derniers, les embarcations se sont élancées à nouveau de l’Argentière-La-Bessée en passant par Saint-Clément puis Embrun. Du XIIème au XIXème siècle, la Durance a servi au flottage du bois de la forêt de Boscodon jusque sur les bords de la Méditerranée, notamment pour les chantiers navals. Les pièces de bois, étaient transportées jusqu’aux berges de la Durance avant d’être liées par des « Réortes ». Les radelles, descendaient avec très peu d’eau, les radeaux simples de 12 à 14 mètres profitaient des périodes de crues, tandis que les gros radeaux de marine ne pouvaient être lancés qu’à la faveur de crues exceptionnelles.
Au XXème siècle, le transport routier concurrence fortement la Durance et l’activité cesse définitivement avec le développement du chemin de fer : en 1896, il ne reste que 10 radeliers, un seul en 1908.

Texte : Aline Guillet
Photos : @AD05 et « Radeliers de la Durance » @ Pat Domeyne – Agence de développement des Hautes-Alpes