Trésors d’architecture

Le territoire des Hautes-Alpes recèle de trésors d’architecture uniques. Maisons atypiques ou châteaux, certains ont pu traverser le temps grâce à la bienveillance de leurs propriétaires qui ont su les entretenir et les restaurer avec soin. D’autres, maisons exceptionnelles aussi bien dans leur conception que dans leur esthétique, sont le fruit de l’imagination et du savoir-faire d’architectes innovants. Voici quelques exemples des plus belles maisons qui parsèment le paysage haut-alpin.

• EMBRUN : Maison d’architecte de Corinne Vezzoni (SARL VEZZONI et Associés)
1er Prix catégorie HABITAT INDIVIDUEL 2016

La maison se situe sur le versant sud de la ville d’Embrun sur un terrain très pentu composé d’arbres fruitiers. Une frange très dense constituée de pins et de sapins limite la partie nord du terrain. La proximité des maisons voisines a induit l’installation du projet en partie haute du terrain. Cette prise de position permet le dialogue avec le grand paysage, en échappant aux obstacles visuels des maisons voisines et en conservant les grands arbres du site au cœur du projet. L’ensemble de la structure métallique porte la plateforme de la maison de 146 m2 à la hauteur nécessaire pour retrouver la vue vers le noyau historique d’Embrun.
La construction s’organise autour de 2 cèdres centenaires existants. Ces 2 arbres ont provoqué la création de deux patios qui animent la circulation centrale de la maison et confortent l’idée d’une maison tapie dans la végétation.
L’enjeu de ce projet était d’éviter les obstacles des constructions environnantes en installant une bande d’horizon en rapport direct avec les sommets du paysage lointain. Les larges ouvertures et les baies fixes de plafond laissent entrer le panorama dans la maison comme un poster permanent animé par les saisons. Le choix de toitures monopentes ouvre également le regard vers le paysage lointain et fait référence aux toitures des années 60 très présentes dans la région.

Caractéristiques de la maison :
• Une structure acier qui a l’avantage d’être extrêmement précise dans ses assemblages et permet un chantier sec. Les fondations minimales des poteaux, évitent toutes agressions aux racines proches,
• Un remplissage bois (mélèze local),
• Un poêle à bois et l’orientation optimale au sud offrent un confort thermique suffisant pour cette maison de vacances. Seules les salles exposées au nord bénéficient d’un complément électrique,
• La question thermique est traitée de manière très simple et très efficace, avec une installation largement ouverte plein sud et plus limitée au nord protégeant du soleil l’été et le laissant largement pénétrer l’hiver,
• Un terrain naturel laissé libre qui ne modifie aucunement la topographie, le chemin de l’eau et l’alimentation des ruisseaux.

Comme dans tout projet architectural, la question est de faire avec l’intelligence du lieu : révéler ses points forts pour oublier ses points faibles. Ici, la question est de mettre en scène les deux arbres, de conserver le sol et le parcours de l’eau originels, d’optimiser l’exposition au sud, de s’effacer pour offrir un jardin aux habitations voisines.

Photos : © David Huguenin et © Geoffroy Mathieu

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UN GRAND PRIX DEPARTEMENTAL
Le Grand prix départemental de la construction et de l’aménagement durables, organisé par le Département et le CAUE 05, est un évènement annuel majeur dédié à la promotion de la durabilité et de la qualité architecturale et urbaine. Les Hautes-Alpes regorgent de « pépites », de réalisations exceptionnelles, d’architectes, d’entreprises, d’artisans aux savoir-faire et à la capacité d’innovation véritablement remarquables, de maîtres d’ouvrage engagés dans des démarches audacieuses et vertueuses. Autant d’efforts et de qualités qui, souvent, ne sont pas valorisés et partagés. La Maison de Corinne Vezzoni, la Casa Lupo et l’Habrico sont quelques exemples des lauréats de 2016 et 2017.
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• CROTS : Château de Picomtal

Il était une fois un vieux château qui dominait la Durance. Présent dès le XIème siècle sous forme de tour de guet, devenu château au XIVème siècle, il s’agrandit au début XVIème siècle pour perdurer ainsi jusqu’à nos jours. Les seigneurs pendant longtemps, puis des familles depuis Louis XIV s’y succèdent. Au XXème siècle, la dernière vieille famille se retire. Les cheminées refroidissent, le toit perd ses ardoises, la végétation dévore le jardin, les fentes lacèrent l’édifice. Mais le lac de Serre-Ponçon surgit et permet au château de s’y refléter.
Une famille installée à Aix en Provence, à la recherche d’un lieu d’accueil, tombe par hasard sur l’édifice souffrotant. Après réflexion, malgré les lourds travaux à engager, Jacques et Sharon décident de faire revivre ce lieu en lui offrant une troisième vie, ouverte sur l’extérieur, avec des visites historiques guidées, des chambres grandioses, des spectacles, des ateliers culinaires, des chasses au trésor,… le 1er et unique château de la région ouvert au tourisme.
Quatre années de restauration sont alors engagées et menées tambour battant, non sans difficulté, car le Château de Picomtal est inscrit monument historique et doit respecter les normes de sécurité d’accès au public. Les chapeaux des tours (poivrières) sont déposés pour dégarnir et remplacer les vieilles ardoises. Le jardin est repensé, il restera à la Française mais avec une touche contemporaine et les plantes résisteront aux fortes chaleurs et à la sècheresse estivale ainsi qu’aux hivers rigoureux.
Aujourd’hui, des milliers de touristes visitent chaque année le château et les chambres sont occupées par une majorité de clients étrangers, en extase devant ce monument d’histoire de la vieille France.

LE PARQUET DE JOACHIM : lors des travaux, Jacques découvre, 120 ans après, des écrits dissimulés au dos des chutes de parquet : une, deux,… finalement soixante douze planchettes datées de 1880 et 1881, riches d’informations sur la vie du village. Joachim Martin, artisan menuisier lettré hors du commun, bon vivant et doué avec les mots, a destiné à la postérité des écrits sur les interdits, tabous et pratiques du quotidien de l’époque. « Heureux mortel, quand tu me liras, je ne serai plus,… ». Un livre lui a même été consacré (« Le parquet de Joachim », de Jacques Olivier Boudon) et France2 a réalisé un documentaire de 45mn diffusé le 3 février dernier intitulé « les secrets sous le plancher ».

Photos : © Eric Petitjean et © Bertrand Bodin

• AIGUILLES : La Maison « Eiffel »

Dans la rue principale du village d’Aiguilles, une étrange maison dite « Maison Eiffel » fut acquise par un riche aiguillon désirant une maison résistant à l’épreuve du feu. Inspirée des constructions métalliques de Gustave Eiffel, cet édifice à la structure métallique entièrement démontable, comme la Tour Eiffel, a été construit par l’ingénieur parisien Bibiano Duclos pour l’exposition universelle de Bordeaux en 1895.

Photo : © Sylvie Damagnez

• BRIANCON : HABRICO (habitat groupé – SOLEA Voutier & Associés architectes)
1er Prix catégorie HABITAT COLLECTIF 2017

Habrico est un projet d’habitat groupé pour 8 foyers en zone urbaine de Briançon. Bâtie parallèlement à la bâtisse existante, la maison commune des habitants, compacte, efficace et optimisée, privilégie les matériaux biosourcés et les circuits courts et bénéficie d’une certification « Bois des Alpes ». Les principes de construction bioclimatiques sont favorisés avec notamment l’usage de l’énergie solaire passive. Ce bâtiment collectif d’habitation est organisé en 2 volumes, unis par une serre bioclimatique. Cette serre permet à la fois de relier les stationnements, de créer un espace de préchauffage de l’air et d’offrir des espaces communs de partage. Les espaces communs, facilement accessibles et conviviaux, font toute la particularité de cet habitat : la salle commune, la grande véranda, les 4 chambres d’amis partagées, la buanderie collective, l’atelier, le garage… tout comme le jardin et le potager sont gérés collectivement. La gestion de l’ensemble des biens et de leur fonctionnement est collective. Il n’y a pas de copropriété, la SCIA est propriétaire et les habitants sont sociétaires et attributaires, en jouissance, de leur logement. Ainsi ce cadre leur permet à la fois de choisir leurs voisins et de créer du lien social.

Photo : © CAUE05

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Les missions du CAUE 05

Le Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement (CAUE), association loi 1977 sur l’architecture est au service de la qualité de l’espace public et du cadre de vie. Cette structure est pleinement présente dans le territoire haut-alpin :
• Missions d’intérêt public.
• Accompagnement et conseils aux collectivités et aux particuliers sur tout projet de construction, rénovation ou aménagement. à titre d’exemple, des permanences architecturales gratuites sont organisées régulièrement, certaines dans le cadre du Réseau Habitat Energie 05.
• Actions d’information et de sensibilisation sur l’urbanisme et l’architecture pour de multiples publics. C’est dans ce cadre qu’est organisé avec le Département, le Grand Prix départemental de la construction et de l’aménagement durables

Pour en savoir plus : CAUE05
1 av Alexandre Disdier – 05200 Embrun
Tél. 04 92 43 60 31 – www.caue05.com
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• PELVOUX : Chalet Les Eterlous

Tourné vers le panorama du Mont Pelvoux, le chalet Les Eterlous est posé sur un rez-de-chaussée en maçonnerie accueillant l’entrée et l’espace détente, et bénéficie ainsi d’une surélévation permettant de profiter de la vue. La pièce à vivre est ouverte sur l’extérieur : la terrasse nord accueille les barbecues estivaux et à l’est, la terrasse rejoint le jardin, tandis que le balcon sud permet de profiter du soleil toute l’année.

La technique de construction utilisée, dite du « poteau-poutre » confère un charme exceptionnel au chalet : composé d’un squelette massif en bois Douglas, les vides sont ensuite remplis par des panneaux de Cèdre Rouge et des menuiseries en Bois du Nord. La qualité de finition de grande précision est due à un assemblage des bois au millimètre. Les bois non traités permettent de conserver un aspect naturel et facilitent la vie des propriétaires car aucun entretien n’est nécessaire. Inutile de préciser que la conception de ce chalet d’exception est bioclimatique.

A l’intérieur, les espaces sont chaleureux. Le salon avec sa cheminée en bois vieilli, son mobilier dans l’esprit montagne et ses poutres aux arrêtes cassées rivalise d’enchantement avec les chambres et la mezzanine. Cette décoration cosy et robuste est soulignée par la charpente traditionnelle et la pierre qui s’entremêlent à tous les étages. Outre les espaces aérés, lumineux et cocons, le chalet possède un atout de charme indéniable : son espace détente avec piscine intérieure. Occupant la majorité du rez-de-jardin, il a été pensé dans un esprit de nature et de sérénité.


LOMBARD ET VASINA, UN LIEN UNIQUE AVEC LE CLIENT :
parmi plus de 700 chalets réalisés, ce chalet d’exception est un projet majestueux rendu possible grâce à la proximité entre clients et créateurs. De longs échanges et un lien de confiance sont nécessaires pour arriver à un tel résultat : « Le plus beau travail, c’est de partir d’une rencontre, d’une page blanche, d’écouter, de comprendre, puis de transcrire ».

Photos : © Sandrine Rivière

• LA JOUE DU LOUP : La Casa Lupo (Frédéric GERAUD, architecte)
Prix Spécial du Jury 2017

Le chalet est à l’origine une construction traditionnelle montagnarde ou rurale. De bâtiment utilitaire, grenier, abri d’alpage, il est devenu « habitation », symbole de simplicité, d’harmonie avec la nature et de liberté.

Le projet s’inspire de l’image vernaculaire des granges de montagne offrant un profil caractéristique : toit à double pente, volumétrie en deux temps, soubassement en pierre et habitat en bois. Le bâtiment de forme rectangulaire s’oriente vers la vue époustouflante de la vallée et du massif du Dévoluy. A chaque extrémité de larges baies vitrées assurent une grande luminosité tout au long de la journée et une ventilation efficace en été. Au nord et au sud les façades sont peu percées afin de préserver l’intimité vis-à-vis des futurs chalets voisins. Le soubassement en pierre permet de contenir le dénivelé du terrain et donne un effet de légèreté à la partie en bois.

« Le contraste maîtrisé entre les matériaux renforce l’unité du volume. Avec le vieillissement naturel du bardage en mélèze, cette belle maison contemporaine sait s’intégrer dans son environnement bâti et profiter au mieux de ce superbe environnement de montagne qui pénètre largement au coeur de la maison ». (source : rédaction de www.maisons-archis.com)

Photo : © CAUE05

• GAP : La Villa Soubra

Dans un quartier de Gap édifié au XIXème siècle, rue Cyprien Chaix, une somptueuse maison, unique dans les Hautes-Alpes, dévoile discrètement, au fond d’un jardin rectangulaire, son extraordinaire façade néo-gothique. Achetée en 1947 par le père de l’actuelle propriétaire, Monsieur Soubra, la maison a échappé aux projets immobiliers de l’époque grâce à son inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, le 19 septembre 1989. Le terrain avait été acquis en 1860 par un sculpteur de Valence. En 1885, Philibert Florence, artiste peintre à Menton marié à une gapençaise, en fait l’acquisition. Le riche décor néo-gothique daterait, semble-t-il, de cette période. Les propriétaires passionnés accueillent régulièrement les visiteurs à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine.

Photo : © Sylvie Damagnez

• SERRES : Maison dite « de Lesdiguières »

Dans le centre ancien du village de Serres, la maison dite « de Lesdiguières » est un bel exemple d’architecture Renaissance. Sa longue restauration, réalisée par les propriétaires actuels qui en ont fait leur résidence principale, a été effectuée sous l’égide de l’architecte des bâtiments de France.

La façade a été classée au titre des monuments historiques en 2000, ainsi que sa toiture, son vestibule, son escalier et son puits de lumière. On attribue la commande des décorations intérieures et extérieures à Lesdiguières, seigneur de Serres à partir de 1576. Le rez-de-chaussée de la façade est sobre, avec une configuration typiquement médiévale. Chaque étage supérieur est percé d’une croisée entourée de pilastres jumelés. Le lion et sa crinière au-dessus du meneau de la première fenêtre, la tête féminine sculptée que l’on dit être celle de Marie Vignon, maîtresse puis seconde épouse du Duc de Lesdiguières et enfin l’oculus ovale surmontant la porte piétonne sont des détails à ne pas manquer. (source : extrait de l’ouvrage des Amis du Village Touristique de Serres, « A la découverte de SERRES », 2012)

Photo : © Thomas Delsol

Propos recueillis par Aline Guillet