Témoins d’un riche passé médiéval, les portes d’entrées des villes sont des symboles majeurs des anciennes fortifications. Une attention particulière leur était accordée pour la défense des villes et places fortes. Certaines ont été préservées, d’autres ont disparu en même temps que la destruction des fortifications. Découvrons-les au fil du Buëch et de la Durance.

 

GAP 

Parcourir le boulevard de la Libération, poursuivre par le boulevard Charles de Gaulle puis le cours Frédéric Mistral, continuer par la rue Carnot puis l’esplanade de la Paix-Nelson Mandela, c’est faire une boucle d’environ 1,5 km qui correspond à l‘emplacement de l’enceinte de Gap qui, du XIVème au XIXème siècle, cernait la ville. Imaginez cette muraille avec ses sept portes qui permettaient d’entrer ou de sortir : la porte Jaussaude, la porte Lignole, la porte Chaussière, la porte Colombe, la porte Saint-Arey, la porte Garcine et la porte Borelle ou porte de la Citadelle.

Deux clés par porte
La Charte des Libertés du 3 mai 1378, signée entre l’évêque de Gap et les syndics de la ville, définissait que chaque porte d’enceinte aurait deux serrures et deux clés différentes. L’une des clés serait gardée par l’évêque, seigneur et comte, l’autre clé étant conservée par la ville et confiée aux syndics. Les gardiens des clés étaient tenus d’ouvrir et fermer ensemble les portes. On peut voir au Musée Muséum départemental plusieurs exemplaires de ces clés.

Le serment des évêques
Lorsqu’un nouvel évêque devenait seigneur de Gap, les portes de la ville étaient fermées. Pour entrer dans la ville, le syndic de la ville l’invitait à respecter les privilèges de la cité inscrits dans le Livre des Libertés. Devant les représentants de la communauté de Gap, le prélat prêtait serment en présence des Evangiles, la main placée sur sa poitrine. C’est seulement après ce serment que les portes étaient ouvertes et que l’évêque devenait le seigneur de la ville.

Disparition des portes
La première porte à être abandonnée fut la porte Colombe (au pied de la rue Carnot) avec la construction, après 1791, de la nouvelle porte de Provence par laquelle Napoléon entra dans Gap le soir du 5 mars 1815. C’est par la porte Lignole (place Alsace-Lorraine, fontaine de la liseuse) qu’il quitta Gap le lendemain en début d’après-midi. En 1841, la porte Garcine est détruite. Les dernières portes qui furent démolies sont la porte Jaussaude (entrée de la rue Jean Eymar) et la porte Lignole en 1850. En 1827, les dessins de Janson Desfontaines, ingénieur des Ponts et Chaussées, nous permettent de comprendre comment étaient ces portes, hautes d’environ 25 m et coiffées d’un toit à quatre pans dont la partie supérieure en encorbellement est garnie de machicoulis.

Texte : Jean-Pierre Jaubert
Légendes photos :
– Lithographie du XIX ème par Alexandre Debelle représentant la porte Lignole à Gap
– Peinture illustrant la porte Lignole, place Alsace-Lorraine à Gap.

 

ROSANS, SERRES ET LARAGNE

A Rosans, trois portes du XIIème siècle encadrent l’enceinte médiévale du village. Les cordeaux et les rails de la porte septentrionale sont encore visibles, la porte ouest magnifiquement restaurée, s’atteignait par l’unique sentier menant au village au XIIème siècle et la porte orientale rejoint aujourd’hui la rue des boutiques. Le portail monumental qui donnait accès à une cour d’honneur est le seul vestige du mur d’entrée du château de Laragne. Deux tours rondes, coiffées en poivrière (en forme de cône), étaient disposées symétriquement à chaque extrémité de ce mur d’enceinte. La Porte Saint-Claude à Serres, entièrement restaurée en 1543, fut finalement abattue en 1840. Aujourd’hui, ne subsiste que la tour arrondie percée de canonnières. Exemple de tour défensive ouverte à la gorge, elle permettait d’éviter à l’assaillant de s’y retrancher en cas d’attaque.

Source : ouvrage « A la découverte de Serres »
Légende photo : Portail monumental du château de Laragne, le seul vestige du mur d’enceinte.© Thomas Delsol

 

GUILLESTRE

En raison de sa position stratégique, l’archevêque d’Embrun autorise la fortification de Guillestre en 1392 qui est ainsi protégée par huit tours et percée de portes charretières fortifiées. Des traces de trois d’entre elles subsistent encore aujourd’hui. Elles s’ornent chacune d’une niche murale dédiée à un saint protecteur. Ces niches réconfortaient les habitants qui prenaient la route avec tous ses dangers mais prévenaient aussi l’éventuel envahisseur que l’on s’était mis sous la protection de ces saints.
Autrefois porte d’entrée principale de la ville, la porte Saint-Esprit (XIVème siècle), semble bien être d’origine. La fenêtre qui surmonte l’ogive témoigne des remparts et des tours souvent transformés en habitation. Dans la niche creusée à côté, une colombe suspendue au plafond symbolise le Saint-Esprit. Porte charretière étroite (XVIème siècle), la porte Saint-Jean-Baptiste est surmontée d’une belle niche de plein cintre, abritant une statue un peu naïve en terre cuite représentant saint Jean-Baptiste avec son bâton. La porte Sainte-Catherine, quant à elle disparue, a donné son nom à la porte que l’on peut voir aujourd’hui au bout de la rue du même nom. Elle est surmontée d’une niche abritant une statue en bois représentant sainte Catherine. Enfin, au-dessus de la porte Saint-Louis (XVème siècle), une niche de plein cintre abrite une grande statue du Roi de France, Louis IX.

Légende photo : Porte Saint-Jean-Baptiste, place du Portail à Guillestre. ©Papythaï

 

EMBRUN 

Fortifiée depuis l’époque romaine et remaniée à nombreuses reprises, l’enceinte défensive d’Embrun permettait de protéger la ville et le centre archiépiscopal des différents envahisseurs. Deux portes monumentales, celle de Briançon au nord (fontaine avenue de la gare) et celle de Gap au sud (carrefour des Moulineaux), furent construites sur le modèle de Vauban.
Les remparts nord-ouest, sur l’actuel chemin du Tour des portes, jalonnés de tours-portes (Saint-Marcellin, Caffe, Saint-Esprit et Pithière), permettaient d’accéder aux propriétés agricoles sur le flan du Mont Guillaume. Il reste encore aujourd’hui une demi-tour englobée dans les remparts derrière l’Abattoir. La porte Pithière, fut nommée « porte du traitre » à partir de 1585. Son nom évoque celui qui ouvrit cette poterne aux troupes de Lesdiguières pour s’emparer de la ville.
La citadelle étant déclassée, les remparts sont rasés en 1880 pour permettre la construction de la voie ferrée et accueillir l’arrivée du train en juillet 1883. Les portes de Briançon et de Gap ont été finalement détruites en 1886 pour répondre aux besoins de développement urbain et d’aménagement de bâtiments publics comme le lycée Ernest Cézanne, construit en 1889.

Propos recueillis auprès d’Andrée Bertrand
Légende illustration : Huile de Rozan (milieu du XVIIIème siècle) représentant la porte de Gap à l’entrée d’Embrun (pied de ville).

 

 

CHORGES 

L’enceinte fortifiée de Chorges a subi plusieurs attaques. Après avoir été incendiée et pillée en 1586 par les troupes de Lesdiguières, la ville fut prise en 1692 par le Duc Amédée II de Savoie. Selon la tradition locale, quatre portes permettaient l’accès à la cité : la porte de la Tour, la porte du Fein (ou Réveline), la porte de Lausonne, et enfin, la porte des Souchon, seule rescapée des remparts. Située sur la place Lesdiguières, elle daterait des XIVème et XVIème siècles. La tour carrée, à droite de la porte, pourrait bien être une tour de garde. Les remparts ont certainement servi de support à la construction de la plupart des maisons du pied du fort.

Légende : Porte des Souchon, seule rescapée des remparts de Chorges.

 

MONT-DAUPHIN

Place forte construite par Vauban à partir de 1693, Mont-Dauphin, est inscrite au Patrimoine Mondial de l’UNESCO depuis 2008. La porte de Briançon, porte principale d’accès au fort, est constituée d’un portail monumental en forme d’arc de triomphe. Elle est gardée successivement par un pont-levis à bascule, des portes en bois, dont les vantaux garnis d’un cloutage très serré pouvaient mettre les haches à l’épreuve, d’une herse métallique appelée orgues (herse à pieux verticaux) dont les glissières sont encore visibles et, finalement, d’une seconde porte formant un sas avec la première. Cette entrée voutée débouche sur un grand vestibule qui prolonge le passage sous le pavillon de l’horloge. Dès l’origine de la construction du fort, Vauban pense à assurer les deux entrées par deux portes monumentales, mais seule la porte de Briançon sera édifiée de son vivant. La porte d’Embrun, au pied du fort, a été percée en 1783. Elle s’apparente à une grande poterne, appelée aussi porte de secours.

Source : ouvrage de Nicolas Faucherre, La place forte de Mont-Dauphin. L’héritage de Vauban, Actes Sud, 2007)
Légende photo : porte de Briançon, entrée principale du fort de Mont-Dauphin, précédée d’un grand pont dormant à six arches. © Marc Tulane

 

BRIANÇON

Dans la citadelle de Briançon, trois portes font partie de l’ensemble fortifié inscrit sur la liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, au titre des fortifications de Vauban : la porte de Pignerol, ancienne porte de cime de ville ou de Piémont, ferme le haut de la ville. Elle est précédée d’une demi-lune comportant un corps de garde qui abritait les soldats en charge de sa surveillance. Sur les principes de Vauban, cette porte offre à la vue de l’ennemi un majestueux décor à bossage de style classique, composé de deux pilastres et d’un fronton triangulaire. La porte de la Durance, autrefois protégée par un petit fossé et un pont-levis, fermait la ville sur le front de la Durance. Construite en pierre de taille et ornée d’un jeu de pilastres, elle permet d’accéder au chemin qui monte au fort des trois Têtes. Enfin, la porte Dauphine, ouverte au début du XXème siècle pour permettre l’accès de la vieille ville aux voitures, reproduit le modèle classique des portes des places fortes avec un faux pont-levis et un décor de pierre de taille.

Même si elle n’est pas inscrite sur la prestigieuse liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, la porte d’Embrun, ancienne porte du pied de ville, mérite malgré tout le détour. Comme celle de Pignerol, elle est précédée d’une demi-lune comportant un corps de garde et deux ponts-levis successifs améliorant sa défense.

Source : service du patrimoine de Briançon
Légendes photos : Portes d’entrées de la citadelle de Briançon : porte d’Embrun, porte Dauphine et porte de Pignerol. ©ville de Briançon