Témoignages de notre histoire

Notre patrimoine religieux est certainement l’une des plus grandes richesses de France. Cathédrales, églises, abbayes ou chapelles, le paysage haut-alpin est marqué par ces édifices qui pour beaucoup témoignent du prestigieux pouvoir religieux de l’archevêché d’Embrun. Voici donc un tour d’horizon de quelques clochers et sites religieux remarquables.

• Cathédrale Notre-Dame du Réal – Embrun
Depuis les montagnes, comme de la plaine sous le roc, le clocher de la cathédrale d’Embrun marque le paysage de son empreinte. Vigie majestueuse, elle illustre l’influence de ses constructeurs : les maitres d’œuvre lombards. Les jeux de pierres aux couleurs alternées de schiste gris et de calcaire blanc, les arcatures, le porche du Réal soutenu par des lions stylophores (terme architectural dérivé du grec « porteur de colonnes ») ou encore le plan basilical, constituent d’autres témoignages de cette inspiration lombarde. Les voûtes de la nef, sur croisée d’ogives, sont quant à elles typiquement gothiques. 
Edifiée entre 1170 et 1220, la cathédrale Notre-Dame du Réal est le monument le plus important des Alpes françaises. Métropole (siège) d’un archevêché, son territoire s’étendait de Suse à Nice. Entre le IXe siècle et la Révolution française, elle a vu se succéder plus de 80 archevêques, chacun ayant offert à Notre-Dame d’Embrun des vêtements, des objets liturgiques, des tableaux, des ornements luxueux… reflétant la puissance et la renommée des prélats. Le trésor, présenté dans la chapelle adjacente à la cathédrale, conserve notamment de magnifiques manteaux et chasubles du XVe siècle, brodés à l’or fin et aux motifs figuratifs raffinés. Au XIIIe siècle, les archevêques étaient de puissants seigneurs, ils battaient monnaie et leur pouvoir rivalisait avec celui du Dauphin.

La cathédrale était également un centre de pèlerinage important du XIIIe au XVIsiècle, fréquenté pour sa fresque miraculeuse peinte sur le tympan de la porte nord représentant l’adoration des mages. Plus de 200 miracles y ont été recensés entre les XIVe et XVe siècles. Détruite lors des guerres de religion, la peinture a été reconstituée en mosaïque à la fin du XIXe siècle en s’appuyant sur une matrice de médaille destinée aux pèlerins.
Aujourd’hui, l’édifice, même s’il n’est plus le centre d’un archevêché, est toujours traditionnellement appelé « cathédrale ».

L’architecture de la cathédrale a fortement influencé la construction d’églises situées sur le territoire de l’archevêché d’Embrun. En voici quelques exemples :
Du porche qui protégeait la porte d’entrée de l’église Ste Marie Madeleine des Orres (1501), il ne reste qu’un lion sur lequel reposait l’une des colonnes. 
Le portail et les voussures de l’église Notre-Dame d’Aquilon de Guillestre (XVIe et XVIIe siècles) sont inspirés de la cathédrale d’Embrun, tout comme son porche galerie soutenu par quatre colonnes, dont deux reposent sur le dos de lions stylophores. 
Le porche en bois de l’église de Saint-Véran (XVIIe siècle) est soutenu par deux colonnes portées par des lions stylophores appartenant à une construction antérieure. 
Crédits photos : Guillestre : © A Henry – Les Orres : © TintinPhotos – St-Véran : © Arc en ciel

• Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Arnoux  – Gap
L’actuelle cathédrale succède à plusieurs édifices antérieurs qui semblent tous avoir occupé ce lieu central de la ville. De ces églises subsistent quelques vestiges conservés dans la crypte et au musée museum départemental de Gap. Les fouilles archéologiques attestent d’une occupation dès l’époque romaine. 
En raison de l’état de l’édifice précédent, une nouvelle cathédrale est érigée entre 1866 et 1904. Elle est classée monument historique dès 1906. Contrairement à d’autres églises de cette période, construites en béton, la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Arnoux est bâtie de 41 types de pierre. 
De style néo-gothique, elle synthétise les courants architecturaux du XIXe siècle. Elle domine Gap avec sa façade polychrome et son clocher qui culmine à 64 m. Héritière des édifices antérieurs, elle conserve quelques vestiges et quelques pièces de mobilier. A l’intérieur, l’orgue (XXe siècle) s’impose à l’entrée de l’édifice tandis que les vitraux et les mosaïques de l’allée centrale rythment les travées jusqu’au chœur. 
Crédit photos : © Sophie Lagarde 

• Collégiale Notre-Dame-et-Saint-Nicolas – Briançon
L’église médiévale de Briançon, située hors la ville, détruite par le génie militaire lors de l’invasion du duc de Savoie en 1692, possédait un porche supporté par des lions stylophores (conservés à l’entrée de la collégiale) et un clocher de style roman lombard.
Lorsque les fortifications, réglées par Vauban, furent presque achevées, la construction d’une nouvelle église intra-muros fut réclamée au roi Louis XIV. Elle fut construite entre 1703 et 1718 sur des plans dressés par l’architecte Robelin, suivant les indications de Vauban qui affirme sa part dans la paternité de l’édifice : « C’est moy qui ai premièrement réglé ce plan : Robelin y a mis fort peu du sien ; l’église sera fort raisonnable, mais il n’y a rien à retrancher » Elle fut érigée en collégiale par l’archevêque d’Embrun en 1746. Ainsi, l’église est régie par un collège (ou chapitre) de chanoines, tout comme une cathédrale. 
L’architecture extérieure avec ses deux tours clochers à dôme et lanternon marque le paysage de la ville par sa silhouette sobre et élégante. Le décor est complété par une horloge et un cadran solaire de style baroque peint en 1719. L’intérieur, conservant une certaine rigueur, surprend par son volume contrastant avec l’étroitesse de la place du temple. La tribune d’orgue est dominée par un étonnant cadran d’horloge installé au plafond : le « cadran Vauban », remis en fonction en 1991 dans le cadre d’un projet pédagogique du Lycée d’Altitude de Briançon. L’édifice fait partie des ouvrages de Vauban ayant reçu, en 2008, le prestigieux label UNESCO.
Crédits photos : © Service du Patrimoine ville de Briançon