Les anciennes casernes militaires

 

  

Témoins d’une période révolue, les casernes font partie intégrante du paysage urbain des Hautes-Alpes. La célébration du centenaire de l’armistice de la grande guerre est l’occasion de vous raconter leur histoire.  

 

MONT-DAUPHIN

La place forte de Mont-Dauphin a compté un millier de soldats, et jusqu’à 400 civils. Devenue base arrière, elle sert d’entrepôt de matériel, de refuge pour une retraite éventuelle, mais aussi de camp de prisonniers autrichiens en 1707, anglais sous Napoléon et pour des officiers allemands pendant la première guerre mondiale.
La Caserne Rochambeau, avec son escalier monumental en arc-boutant, est construite en 1771. La poudrière est enterrée au XIXème siècle pour la mettre à l’épreuve des bombes. La Caserne Binot, construite à la place de l’hôpital militaire au XXème siècle, abrite aujourd’hui un centre de vacances de l’armée. Après la guerre 1914-18, sa garnison devient épisodique et, pendant la seconde guerre mondiale, le fort est occasionnellement occupé par les italiens, puis les allemands. En 1944, un détachement de douaniers allemands s’y réfugie avant de se rendre.
Au départ des derniers soldats, la population a énormément faibli pour atteindre les 30 âmes en 1980. Mais, le tourisme donne un nouvel essor au village. La caserne Campana, acquise par la commune, abrite aujourd’hui des artisans d’art et leurs ateliers.

Photos :
• La Caserne Rochambeau, avec son escalier monumental en arc-boutant. © Isabelle Fouilloy-Jullien
• Corps de garde et caserne d’artillerie. © Archives départementales 05

 

EMBRUN

Réalisées sous l’impulsion de Vauban en 1777, les casernes Delaroche étaient composées de plusieurs bâtiments : le bâtiment principal détruit en 1995, la Manutention, réhabilitée en Forum des associations en 2008, deux poudrières, l’une devenue petit théâtre et l’autre salle d’escalade et la chapelle des Capucins aujourd’hui Centre d’art contemporain.
Datant du XIIème siècle, le bâtiment de l’ancien archevêché a subi de nombreuses modifications au cours des siècles. La caserne La Harpe a été installée dans ses murs. De grosses transformations sont réalisées en 1835 et l’armée utilise le sous-sol de la Tour Brune comme citerne d’eau puis comme prison. Après avoir été tribunal, gendarmerie, puis centre alpin du bois, collège technique, services municipaux et salle de danse, il est en cours de réhabilitation afin d’accueillir prochainement la médiathèque et l’école de musique.
Situé en contre-bas de la cathédrale, tout d’abord collège des Jésuites, puis Collège Royal avant d’être transformé en 1804 en Maison Centrale de détention, le bâtiment abrite la Caserne Vallier De Lapeyrouse jusqu’en 1893. Gabriel Théodore Vallier de La Peyrouse fut lieutenant colonel en 1785, puis général et directeur des fortifications des Hautes et Basses Alpes.

Photos :
• Les casernes Delaroche : à droite, la Manutention et à gauche, le bâtiment qui a été détruit en 1995 pour faire place au parking actuel. © Archives municipales Embrun
• Les chasseurs Alpins devant la caserne Lapeyrousse © Archives municipales Embrun
• Caserne La Harpe avec la Tour Brune © Archives municipales Embrun

 

 GAP

Autrefois, les gapençaisdevaient loger et nourrir les soldats de passage. Aussi, après de nombreuses pétitions, il fut décidé en 1739 d’établir une taxe en vue de construire la première caserne de Gap.
Bâtiment imposant et austère, la caserne vieille (caserne Ladoucette puis nommée Desmichels en 1887) a été édifiée en 1755, à l’extérieur des remparts. La cour (actuel parking) du bâtiment principal était entourée d’un mur et d’une entrée d’honneur. La caserne a abrité pendant longtemps le 11e bataillon de chasseurs alpin puis successivement, la gendarmerie de 1802 à 1814 et l’hôtel des administrations à partir de 1947. Les bâtiments annexes ont été détruits dans les années 1960.
La caserne Reynier a été érigée en 1876. Appelée communément « Casernes neuves », elle était composée de 2 bâtiments. Sa cour a été réduite pour la réalisation d’un parking et l’un des 2 bâtiments abrite aujourd’hui l’IUT.

Photos :
• La caserne Desmichel, bâtiment massif et sévère, a été conçu pour dégager une impression de force et de protection. © Archives départementales 05
• La caserne Reynier, appelée Caserne neuve. © Archives départementales 05

 

BRIANÇON

Avec l’accroissement des effectifs dû au service militaire qui devient obligatoire en 1872, les deux casernes existantes dans l’enceinte urbaine du 17ème siècle, la caserne De Vault (1692-1694) et la caserne de siège du fort du Château (1842-1848) ne suffisent plus. L’Armée décide alors d’investir le hameau de Sainte-Catherine, situé en contrebas.
Le Quartier Colaud sera le premier à voir le jour en 1884. Les trois bâtiments principaux (écuries et casernements) sont disposés en U autour de la cour centrale  (place d’armes). Le bâtiment central est édifié sur quatre niveaux : magasins et accessoires (lavabos et bains, cantine, habillement, équipement) au rez-de-chaussée, chambres des recrues sur les deux étages et les combles pour les réservistes de passage.L’ensemble est complété par les constructions de service (cuisines, ateliers et magasins) ainsi que par les postes de garde et les cellules de part et d’autre du portail d’entrée du quartier. A partir de 1913, de nouvelles constructions apparaissent : arsenal, cartoucherie, manutention, ateliers, manège mais aussi gymnase, chapelle, théâtre et cinéma.
Construit entre 1889 et 1891, le quartier Berwick, composé de 28 bâtiments,sera conçu comme une véritable extension du premier et améliorera la capacité d’accueil de Briançon, qui recevra, à partir de 1890, le 159e Régiment d’Infanterie Alpine (R.I.A). Entre 1939 et novembre 1942, « le Prytanée de la Flèche », lycée militaire historique, prendra également ses quartiers à Berwick. En 1994, est créé au sein du 159e RIA, le Centre National d’Aguerrissement en Montagne.Dans le but d’améliorer leur aptitude opérationnelle, les soldats sont confrontés aux difficultés d’ordre physique et psychologique liées à l’exécution de missions dans des conditions et milieux inhabituels et hostiles. Ainsi,le Centre participe à la formation de 3500 stagiaires par an, principalement des unités dites « non alpines » et donc peu habituées au combat en régions montagneuses. Le CNAM ferme définitivement en 2009 à la suite de la restructuration des armées.

Le 159e RIA quitte Nice en 1890 pour prendre en charge le secteur du Briançonnais. Dans leur mission de troupes de forteresse, les régiments d’infanterie alpine occupent les ouvrages fortifiés de montagne pendant l’hiver et constituent la partie fixe du système de défense du massif alpin, alors que les groupements alpins (chasseurs alpins, batteries alpines et détachement du Génie) en sont la partie mobile. Le  159e RIA participa activement à l’introduction du ski dans les troupes de montagne françaises.

Photos :
• Les casernes Berwik © Service du Patrimoine – ville de Briançon
• Vue des casernes Ste Catherine. © Archives départementales 05
• Soldats devant les casernes Ste Catherine. © AESPE – Embrun

 

Texte : Aline Guillet