Pionnier de la cascade de glace

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Alpiniste, guide de haute montagne, conseiller technique national au Club Alpin National (FFCAM), Christophe Moulin a grandi dans les Hautes-Alpes et plus particulièrement à Embrun où il habite. Spécialiste de la cascade de glace, il nous raconte sa passion pour cette pratique et son attachement au territoire Haut-Alpin.

Pourquoi s’être installé dans les Hautes-Alpes et plus particulièrement Embrun ?

Je suis arrivé à Embrun dès l’âge de 5 ans, donc ma vie est ici ! J’ai dû bouger pour mes études mais je suis revenu quand je suis devenu guide de haute montagne dans les Écrins. J’ai eu la chance de côtoyer le haut niveau en cascade de glace et en alpinisme, ce qui m’a valu une certaine notoriété dans le milieu[1]. Aujourd’hui, je suis au Club Alpin National pour développer le haut niveau. J’apporte mon expertise auprès d’environ 300 jeunes. Je suis également chargé de développer les événements du Club Alpin en France. Nous sommes par exemple partenaires de l’Ice Climbing dans les Écrins. J’y retrouve des jeunes guides que j’ai formés, c’est toujours un plaisir de s’y rendre !

Quels sont vos plus beaux souvenirs, vos spots préférés pour pratiquer la cascade de glace dans les Hautes-Alpes ?

Avec mes amis grimpeurs nous allions très souvent dans la vallée de Freissinières. A cette  époque, j’habitais Eygliers, il était donc très simple de s’y rendre. Nous avons été des pionniers sur ce secteur. Sur la quarantaine de voies qui existent aujourd’hui, nous en avons ouvert 25. Les Hautes-Alpes sont le territoire de France où il y a le plus de possibilités pour pratiquer la cascade de glace.

Est-ce que vous pratiquez toujours la cascade de glace ?

Oui bien sûr ! Qui plus est, les conditions actuelles sont extraordinaires ! Nous avons eu un redoux et ensuite une période de froid ce qui a permis un regel de l’eau. Les fonds de vallées sont déneigés, il est donc très facile d’accéder aux cascades[2]. Je participe encore aujourd’hui, à développer cette discipline pour la rendre plus accessible. 

Qu’est-ce qui vous plaît particulièrement dans cette pratique ?

Au début, c’était plus pour faire quelque chose que personne ne faisait ! Aujourd’hui, c’est différent. Ce qui est incroyable dans la glace, c’est qu’elle permet de franchir des parois qui auraient été impossible de gravir dans d’autres conditions. Avec ce côté éphémère, c’est l’occasion de saisir les bons moments. Les conditions peuvent changer rapidement, la matière évolue tous les jours, alors dès qu’il fait froid, on a envie d’y aller ! Et aussi en tant qu’alpiniste, c’est un passage obligé. La cascade de glace est un outil qui permet de progresser pour affronter des faces. Tous les bons alpinistes sont très forts en cascade de glace.

Si vous voulez découvrir ses exploits, Christophe Moulin en a fait un récit en 2005 intitulé « SoloS ». Il y retrace ses ascensions, mais pas seulement… Il analyse aussi avec sincérité la question centrale de l’alpinisme : « Est-ce que le jeu en vaut la peine ? » 


[1] Auteur de premières en solitaire dans les grandes faces de l’Oisans, le pilier sud des Écrins, la face sud du Fou et l’enchaînement Meije-Ailefroide, Christophe Moulin met un terme aux ascensions solitaires par l’enchaînement des trois faces nord de la Grave – le Râteau, la Meije et le pic Gaspard en 1996. Il a enseigné de 1990 à 1999 à l’École Nationale de Ski et d’alpinisme et encadré de 2000 à 2004 l’équipe de France d’alpinisme.

[2] Conditions au moment de l’interview le 11 janvier 2022

Propos recueillis par Pamela Lemonnier – photos : Christophe Moulin / Manu Molle