# Plus2Terroir
Le 30 Septembre

Le Programme Alimentaire Territorial, comment redonner du sens au local

Les activités agricoles et agroalimentaires représentent le 2è secteur économique du département après le tourisme. L’agriculture est sans conteste une richesse pour les Hautes-Alpes, avec des filières structurées qui pèsent dans le monde agricole français (arboriculture, ovins), mais également avec d’autres plus emblématiques comme le fromage ou les charcuteries, ou encore des productions plus confidentielles mais remarquables comme le vin ou le miel.

Le Programme Alimentaire Territorial, porté par le Département et associant de nombreux partenaires (collectivités, chambres consulaires, filières, associations…), a pour objectif d’apporter une cohérence dans le système alimentaire haut-alpin, pour tendre vers l’excellence et l’exemplarité alimentaires, en réponse à la crise environnementale, économique et sociale du moment.

Le projet associe plus de 40 partenaires : producteurs, agriculteurs, transformateurs agroalimentaires, commerçants de gros et de détail, métiers de bouche, restaurateurs, distributeurs alimentaires. Il est porté par le Département par Christian HUBAUD, agriculteur et conseiller départemental délégué à l’agriculture, aux forêts, au pastoralisme et aux circuits courts et est animé par deux structures : La Chambre d’Agriculture et l’Agence de Développement des Hautes-Alpes. Il répond à 5 axes stratégiques :

  • Structurer la gouvernance alimentaire départementale et compléter le diagnostic territorial
  • Préserver le milieu naturel (sols, eau et biodiversité) et promouvoir les modes de productions plus durables
  • Renforcer la résilience et l’adaptation du tissu économique agro-alimentaire
  • Renforcer les produits locaux dans les circuits de grande proximité et développer les circuits courts
  • Promouvoir des choix alimentaires durables (notamment en restauration collective), éduquer les consommateurs, réduire les inégalités d’accès à une alimentation de qualité et durable.

Sébastien Bellue, responsable de la filière agriculture à l’Agence Départementale des Hautes-Alpes et animateur du projet PAT, nous en parle plus en détails…

Le PAT a débuté début 2021, où en est-il aujourd’hui ?

Le PAT est aujourd’hui bien avancé. Nous avons établi une quarantaine d’actions qui se déploie à bon rythme. Il doit se dérouler sur 3 années. Globalement, le projet vise à relocaliser l’agriculture en local et de la faire monter en gamme, même si le niveau est déjà très élevé ! Nous sommes par exemple le département le plus bio de France en terme de surface agricole. Il s’agit de remettre du bon sens dans la façon de produire notre alimentation et de la consommer.

Comment avez-vous réussi à faire adhérer tous les partenaires ?

Nous avons choisi de réaliser ce programme à l’échelle départementale afin d’englober toutes les filières agricoles du département. Nous avons ainsi entraîné dans notre roue un maximum de partenaires, sollicité les organismes consulaires, les collectivités territoriales, les filières agricoles, les structures sociales, les associations qui sont souvent citoyennes. En un mois et demi, nous avons réussi à avoir leur approbation et des lettres de soutien afin de constituer notre dossier de candidature.

Visite chez un arboriculteur

Comment fédérez-vous toutes ces entités ?

Nous réunissons les partenaires une fois par an pour faire le point sur les actions et nous organisons régulièrement des rencontres. Une fois par mois par exemple, les gestionnaires de cantines – qui représentent 1500 repas servis chaque jour – se rendent chez un agriculteur pour découvrir son exploitation. Ces visites peuvent ensuite enclencher des relations commerciales.

Concrètement, qu’est-ce que cela va apporter aux consommateurs ?

La chambre d’agriculture propose par exemple des formations aux agriculteurs pour atteindre les certifications HVE (Haute Valeur Environnementale) et AB (Agriculture Biologique). Il faut savoir qu’en parallèle des PAT, la loi EGAlim qui a été promulguée en 2018 et compétée en 2021, prévoit plusieurs mesures très ambitieuses pour améliorer la qualité des repas servis en restauration collective (hôpitaux, maisons de retraite, cantines scolaires ou universitaires, prisons…). Depuis le 1er janvier 2022, la loi impose 50% de produits de qualité et durables, dont au moins 20% de produits biologiques dans les assiettes. Pour les agriculteurs qui n’avaient pas encore le label, la chambre d’agriculture intensifie les formations afin qu’ils puissent continuer à fournir les restaurations collectives. En 2021, 6 formations collectives ont été organisées, 57 exploitations ont ainsi pu être accompagnées sur la labellisation HVE et 30 sur le bio.

Dégustation du Bleu du Queyras sur le Tour de France 2022

Mais c’est aussi par exemple l’accompagnement pour l’Appellation d’Origine Protégée (AOP) du Bleu du Queyras et l’Indication Géographique Protégée (IGP) de la Tomme du Champsaur, avec la multiplication des mises en avant pour assoir la démarche. Nous étions ainsi présents avec ces fromages sur la Gap Foire Expo ou plus récemment sur le Tour de France cycliste lors du passage dans le Briançonnais.

C’est également un travail auprès des moyennes et grandes surfaces du département afin de proposer des produits locaux. Sur toute la période estivale, la chambre d’agriculture a mis en place des opérations de promotion des produits « Hautes-Alpes Naturellement » sur 63 points de vente comme au Leclerc de Gap, le Géant de Briançon ou l’Intermaché de Baratier.

Pour le consommateur, nous avons également mis en place un site de vente en ligne www.epiceriefine-hautesalpes.net afin de proposer des produits locaux en vente flash.

Enfin sur le plan social, nous avons réalisé un travail auprès des banques alimentaires. Elles ont ainsi pu bénéficier de subventions afin de se fournir en produits locaux. Aujourd’hui, 20 centres de distribution sont approvisionnés en yaourts, fruits, viandes et autres produits locaux, tout au long de l’année. Grâce à ce dispositif, 250.000 repas ont pu être distribués depuis 2020.