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Le 06 Octobre

Une coupe de bois aux enjeux sylvopastoraux à Aiguilles

Pour mieux faire comprendre les enjeux forestiers et sylvopastoraux, l’Office national des forêts (ONF) et le Parc naturel régional du Queyras ont organisé une sortie, ce lundi 3 octobre, sur une coupe de bois en cours, au lieu-dit des Eygliers, à Aiguilles. 

La forêt assure plusieurs fonctions : un rôle social avec entre autres l’accueil du public, un rôle environnemental en étant un support de la biodiversité, un rôle de production grâce au bois exploité et un rôle de protection des biens et des personnes en luttant contre l’érosion, les avalanches, les chutes de pierres… Dans le Queyras, la forêt permet aussi le pâturage des troupeaux. En effet, les bêtes pâturent sous le mélézin qui laisse passer les rayons du soleil et permet ainsi à l’herbe de pousser, contrairement à d’autres essences. Charly Bonnaffoux, technicien forestier territorial de l’Office national des forêts pour la commune d’Aiguilles, a expliqué tout cela à la dizaine de personnes venue pour la sortie organisée dans le canton des Eygliers, où une coupe de 1 600 m³ de bois est en cours pour une durée d’environ trois semaines. 

Ce canton ne bénéficiait jusqu’à présent d’aucune gestion forestière. La commune d’Aiguilles, propriétaire de la parcelle, a récemment confié sa gestion à l’ONF afin de réaliser une coupe sylvopastorale permettant le passage des troupeaux et la réouverture du milieu. Le projet a donc pris forme avec tout d’abord la mise en gestion de la parcelle conformément à la réglementation en vigueur puis la désignation des bois à abattre et enfin l’organisation du chantier. Le mois de septembre 2022 a été retenu pour la réalisation de la coupe afin de ne déranger ni la reproduction printanière du tétras lyre présent dans la zone, ni les activités touristiques et pastorales estivales. 

C’est l’entreprise Gandelli qui est en charge de l’exploitation. La route du Lombard permettant l’accès à la parcelle a été améliorée et un réseau de traines a été implanté afin de mécaniser en partie l’exploitation. Bucherons, abatteuse, tracteur forestier, porteur et camions sont à pied d’oeuvre afin de terminer la coupe avant les premières neiges. Sur les zones de plateau, de petites « trouées » ont été implantées dans le peuplement permettant dans un premier temps le passage des troupeaux puis dans un second temps la régénération du mélézin qui a besoin de beaucoup de lumière dans ses premiers stades de développement. Sur le reste de la coupe, un prélèvement dit « d’amélioration » a été réalisé. Cela signifie que seuls certains arbres sont prélevés au profit de ceux de meilleure qualité. Au total environ 30 % du peuplement en place a été récolté. 

« Le résultat sera satisfaisant pour permettre le passage des troupeaux, souhait fort de la municipalité. Le bois de feu sera en partie mis à disposition des habitants du village et le bois d’oeuvre commercialisé auprès d’entreprise locales »

explique le technicien de l’ONF. 

Après trois heures d’échanges, il est apparu que des rencontres de ce type répondent à un besoin d’information du grand public et à la volonté de l’ONF de mieux faire comprendre son rôle de gestionnaire forestier. La commune d’Aiguilles souhaitait elle aussi communiquer sur cette coupe dans un secteur qui en était exempt jusque-là. 

QUELQUES CHIFFRES

  • 2 à 4 m3 par hectare et par an, c’est la production de bois qu’assure une forêt de mélèze dans le Queyras. À titre de comparaison, le douglas dans le beaujolais peut produire jusqu’à 25 m3 par hectare et par an. Cette différence notable s’explique entre autres par les conditions difficiles du Queyras (saison de végétation courte, sols pauvres, forte pente…). Mais c’est cette croissance lente qui apporte au mélèze du Queyras ses fameuses propriétés de résistance et d’esthétisme. 
  • 15 à 20 ans séparent deux exploitations sur une même parcelle de mélèze. 
  • 3 arbres aux caractéristiques biologiques particulières (vieux arbres, cavités, nids, etc.) – dits “arbres habitat” – sont préservés par hectare afin de pérenniser la biodiversité présente (oiseaux, insectes, champignons, etc.). 
  • 60 % des bois exploités par l’ONF des Hautes-Alpes sont commercialisés dans le département. 2 % sont acheminés dans une usine en Espagne pour être transformés en poteaux électriques. Les quelque 40 % restant sont vendus dans les départements limitrophes. 

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